article publié sur lemonde.fr du 16 octobre 2009
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La polémique enfle sur l’élection annoncée de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD. On a pourtant tort de l’accabler. Isabelle Balkany l’affirme : «il est le meilleur d’entre nous». C’est donc à ses hautes qualités intellectuelles et morales qu’il doit cette prochaine nomination, ce qui explique par ailleurs pourquoi aussi peu de militants UMP de moins de vingt-cinq ans, qui ont pu se distinguer par leur engagement social, leur réussite académique, leur production intellectuelle ou artistique, accèdent à de telles responsabilités.
S’acharner sur Jean Sarkozy semble donc être de mise. Déjà, en 2008, son statut de plus jeune conseiller général de France n’avait provoqué que railleries. Il ne conserva pourtant pas ce titre bien longtemps : suite au décès de l’élu du canton de Morteaux-Couliboeuf, Clara Drewaele, sa suppléante, se retrouva nommée plus jeune conseillère générale de France à l’âge 21 ans. Preuve s’il en est, que tout un chacun peut prétendre au même destin. Seuls les esprits chagrins trouveront encore à s’émouvoir : comme le souligne le service presse du Conseil Général du Calvados, la politique est chez les Dewaele une affaire de famille ; son père est maire de la commune de Vignats dont son frère est conseiller municipal
Aussi Jean Sarkozy a-t-il raison de s’indigner des attaques dont il est l’objet alors que «dauphin (parmi les) requins», il « trace (sa) route» et « prend (ses) responsabilités». Tout au plus certains lui reprocheront-ils de singer des postures qui n’honorent guère ceux qui les adoptent et dont son jeune âge rehausse involontairement le comique.
Car ne nous leurrons pas : à travers lui, c’est son père, Nicolas Sarkozy, le Président de la République qu’on cherche à atteindre. Ce dernier l’a bien compris ; il le déclare : c’est lui qui est visé à travers cette polémique. Quoi ? Chacun aurait le droit de postuler à une élection et seul son fils en serait privé ? Est-ce ainsi qu’il faudrait maintenant concevoir l’inviolable principe d’égalité républicaine ?
Non bien sûr. Et il faut à chacun garder la tête froide et en revenir aux faits. Se souvenir que comme le déclare prudemment Alain Juppé : «sur le plan du droit il n’y a rien a dire, sur le plan de l’opportunité, chacun apprécie en fonction de son propre code». Et ceux qui observeront que tordre l’esprit de la loi et des institutions ne fait pas partie des bonnes pratiques, et qu’il ne s’agit pas en l’espèce d’opportunité mais de morale, auront beau se draper dans des vertus d’un autre âge, ils auront peine à dissimuler plus longtemps qu’ils ne cherchent en réalité qu’à protéger le pré carré des vieilles générations.
De fait, notre Président nous l’a confié : ce qui est jeu ici dépasse le simple cas de Jean Sarkozy. C’est du «rajeunissement de nos élites politiques qui ont bien vieilli» dont il est question, rajeunissement dont a bien besoin la France. Corneille, champion des valeurs menacées d’une noblesse combattante l’avait d’ailleurs noté avant lui : «Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années». Cessons donc de nous offusquer. Et considérons plutôt qu’en morale comme en démocratie, on a en définitive que ce que l’on mérite.


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