Article publié sur lemonde.fr du 31 mars 2009
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Le sommet du G20 se tiendra à Londres les 2 et 3 avril. Peu d’évènements auront suscité ces dernières années autant d’espoirs et d’appréhensions mêlés. D’abord, parce qu’un redressement rapide de l’économie, quel qu’en soit le prix, paraît le seul moyen d’en enrayer la chute. Les atermoiements européens sur l’ampleur des mesures de relance nécessaires nourrissent à cet égard une inquiétude grandissante. Ensuite, parce que rétablir l’économie sans réformer ses règles en profondeur reviendrait à s’engouffrer dans une voie dont on sait déjà qu’elle est sans issue.
Curieusement, les gouvernants des premières puissances du monde restent à ce sujet étrangement silencieux. Comme si seuls quelques ajustements suffisaient à remettre le train sur les rails.
Pourtant, trois exemples, parmi d’autres, conduisent à penser qu’il sera difficile de faire l’impasse sur une refonte complète du système économique mondial.
Sur le sujet des ressources et de l’écologie en premier lieu. Déficit des ressources énergétiques, risques climatiques, ressources primaires insuffisantes à un développement harmonieux et équitable des populations mondiales, forment trois défis pressants posés à l’humanité dans son ensemble. Ils ne trouveront de réponses que par un développement massif des énergies renouvelables, la rénovation des parcs immobiliers, le développement de technologies alternatives, de produits moins gourmands en ressources, et la généralisation du recyclage. Cette redéfinition des produits et filières industrielles ne sera possible que par un effort de recherche sans précédent et un redéploiement complet des appareils productifs. Or les règles de financement actuelles de nos économies sont incapables de permettre un tel effort.
Sur la question des moteurs du progrès en second lieu. Elargissement des marchés, libre concurrence mondiale et restriction de la sphère d’action des Etats, ont formé un triptyque dominant sans partage la pensée économique et politique depuis les années 90. Non sans conséquences.
Il est d’abord devenu plus rentable de délocaliser les activités industrielles dans des pays à faible coût que d’investir en automatisation et robotisation. On a donc délaissé ici l’ambition de gains de productivité nés de l’innovation technique pour maximiser là-bas le profit sur le facteur humain. Progrès relatif donc, qui se heurte aujourd’hui aux incohérences grandissantes entre bassins de consommation et d’emploi, et qui se heurtera plus violemment encore au vieillissement des populations des pays industrialisés, dont la Chine, dès 2020.
La plupart des pays se sont ensuite trouvés dans l’impossibilité de financer les infrastructures indispensables à leur inscription dans la compétition mondiale, et, a fortiori, celles capables de soutenir un réel progrès social. Or c’est par l’investissement en infrastructures humaines, et non par l’ajustement structurel, que progresse l’humanité. L’instabilité chronique qui sévit désormais dans de nombreuses régions du monde nous rappelle le coût des choix qui ont été privilégiés.
S’il est enfin acquis que l’accroissement des échanges est favorable à la paix et à la concorde entre les hommes, il est cependant moins certain que ces échanges doivent obligatoirement reposer sur le commerce de biens matériels, acheminés de part et d’autre du monde. La diffusion des innovations de toute nature ne requiert pas le commerce des biens mais la coopération des hommes.
Au total, l’efficacité des moteurs de progrès en vigueur depuis 20 ans paraît moins nette qu’on a pu l’affirmer. Relocalisation des activités de production au plus près des marchés, investissements en infrastructures humaines, politiques d’échange centrées sur les savoirs offriraient une alternative tout aussi convaincante.
Sur l’impératif catégorique, enfin, de hausse perpétuelle de la consommation dans les pays développés. Emploi et pouvoir d’achat, y dépendent en effet directement d’une consommation condamnée à croître indéfiniment. Aucune fatalité n’est pourtant de mise. Dans une société du savoir, l’essor des activités de formation et de recherche suffirait à découpler emploi, consommation et prospérité économique.
Ce n’est donc pas tant la possibilité d’un nouveau système qui est en débat que la transition avec l’ancien. De fait, ni les pratiques budgétaires, ni les politiques monétaires pratiquées ces dernières années, ne permettent de financer une telle évolution. La crise a cependant un effet salutaire. En ce qu’elle fait voler en éclat les credos des Etats les plus orthodoxes et remet en cause l’ensemble des conventions, elle ouvre de nouveaux possibles qui semblaient hier interdits.
Les réticences les plus directes à une refonte de l'économie mondiale ne semblent plus provenir aujourd’hui des Etats-Unis. Il est même possible que l’Amérique soit en quête d’un partenaire suffisamment influent pour impulser une nouvelle orientation aux débats. La position et l'unité de l'Europe seront donc déterminantes.


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